Pourquoi on avance l’heure au printemps ?

Résumé rapide – façon calendrier:

1884: le Canada est réparti en 7 fuseaux horaires.
1918: ajout des heures d’ensoleillement à la période estivale des Canadiens.
1919 – 1924: on retire l’heure avancée.
1924: application d’une loi québécoise concernant l’avance de l’heure.
1928: loi stipulant que l’heure avancée commence le premier samedi de mai à minuit pour revenir à l’heure normale le dernier samedi de septembre à minuit.
1940: le gouvernement fédéral instaure l’heure avancée à l’année dans les régions québécoises et ontariennes où l’heure était avancée durant l’été.
1942: adoption d’un décret instaurant l’heure avancée dans tout le Canada.
1945: abolition du décret de 1942.
1963: l’heure est avancée du dernier dimanche d’avril à 00h01 au dernier dimanche d’octobre à 00h01 pour les régions du Québec à l’ouest du 68e degré de longitude.
15 mars 1966: le changement des heures se fait à 2 heures du matin à travers tout le Canada et les Etats-Unis.
1969: la ligne de séparation au Québec devient le 63e degré de longitude ouest.
1973: l’heure de Yukon s’unifie à celle du Pacifique, réduisant à 6 le nombre de fuseaux horaires.

Historique des heures au Canada

Il semble que les tout premiers “penseurs” de cette pratique de changement d’heure, auraient été Benjamin Franklin qui en aurait effleuré l’idée dans un essai en 1784, puis, un constructeur britannique William Willet, aurait défendu cette proposition en 1907.
Avant 1884, au Canada, on déterminait l’heure locale en faisant coïncider l’heure du midi avec le moment où le soleil atteignait son zénith. Puisque ce moment changeait d’est en ouest, l’heure locale variait considérablement d’une région à l’autre du pays.

Cette situation n’a causé aucun problème jusqu’au jour où le train a permis de voyager rapidement sur de longues distances. Il est alors devenu impossible de faire fonctionner les horaires des trains à partir d’une variété d’heures locales différentes. On a donc songé à établir des fuseaux horaires uniformes.

C’est donc à partir de 1884 que le Canada a été réparti en 7 fuseaux horaires. (Terre-Neuve, l’Atlantique, l’est, le Centre, les Rocheuses, le Pacifique et celui du Yukon). Il y a un décalage de 5h30 entre le premier fuseau à l’est, Terre-Neuve, et celui le plus à l’ouest, Yukon. (En passant, mentionnons que c’est en 1973, que l’heure de Yukon s’unifia à celle du Pacifique, réduisant à 6 le nombre de fuseaux horaires et à 4h30 la différence d’est en ouest au Canada).

Qu’est-ce qui a amené l’adoption du changement d’heure?

À peu près à cette même époque, on s’est mis à comparer le nombre d’heures d’ensoleillement avant midi par rapport à celui après midi tout en gardant en tête que la plupart des gens passent plus de temps éveillés après midi qu’avant. Donc, les heures pendant lesquelles le soleil luit alors que les gens dorment sont en quelque sorte gaspillées. On a voulu “rentabiliser” ces heures de soleil… On a donc pensé de déplacer une heure de clarté du matin au soir, de façon à ce que les gens, une fois leur journée de travail terminée, puissent profiter encore du beau temps. En réduisant d’une heure la période entre le coucher du soleil et le moment où l’on touche l’oreiller et puisque la plupart des gens se lèvent généralement après le lever du soleil, lorsque l’heure est avancée, on prévoyait ainsi économiser l’énergie. L’idée de l’heure avancée prenait naissance.
Mais… (il y a toujours un mais quelque part), cette pratique ne faisait pas l’affaire de tout le monde. Les agriculteurs ne trouvaient pas l’idée bien bonne, car l’avancement de l’heure les obligeait à commencer et à finir leur journée de travail une heure plus tôt par rapport à l’heure solaire. Quelles en seraient les conséquences? Les plantes ne pourraient pas être récoltées plus tôt, étant encore couvertes de rosée. Et les vaches… Pas question de les traire une heure après l’heure solaire à laquelle elles étaient habituées; les fermiers devraient alors commencer leur journée de travail une heure plus tôt.

En 1918, on décide d’ajouter des heures d’ensoleillement à la période estivale des Canadiens.

C’est donc après la première guerre mondiale que les gouvernements des pays belligérants ont adopté l’avance de l’heure dans leur territoire respectif. En avançant l’heure, on profitait plus de l’éclairage naturel du soleil et on pouvait économiser sur l’électricité, pour alors bénéficier d’un surplus d’énergie pour fabriquer les munitions ou autres fournitures militaires. Le Parlement du Canada a donc adopté la Loi concernant l’utilisation de la lumière du jour. Cette loi accordait le pouvoir de rendre obligatoire l’avance de l’heure durant une période prescrite chaque année. On l’appliqua dès 1918. Mais de vifs débats suivirent l’application de cette loi. Pour apaiser les disputes, le gouvernement ne l’appliqua pas en 1919 et durant les années de paix qui suivirent.

Mais comment a-t-on déterminé l’heure réglementaire au Québec? En 1920, une loi visant à fixer une heure réglementaire fut adoptée au Québec. Elle officialisait ainsi la séparation du Québec quant aux fuseaux horaires.

C’est en 1924 que fut appliquée une loi québécoise concernant l’avance de l’heure. Ce sont les municipalités qui prenaient la décision quant à la période durant laquelle l’heure était avancée. Elles procédaient par référendum et le gouvernement pouvait, ou non, décider de donner suite à la demande des municipalités. A titre d’information historique, Sherbrooke et Québec (quoique par une mince majorité) se prononcèrent en faveur de l’heure avancée.

En 1928, une autre loi stipulait que l’heure avancée devait commencer le premier samedi de mai à minuit pour revenir à l’heure normale le dernier samedi de septembre à minuit. Cette année-là, ainsi que pendant celle qui suivit, il y eut des arrêtés en conseil qui ont fixé à des périodes différentes l’avance de l’heure. En 1924, à St-Jérôme, on revenait à l’heure normale le premier septembre, alors qu’à Kénogami (pas très loin de là), le retour se faisait le 5 octobre. En septembre 1929, il y avait une heure de différence entre Montréal et St-Jérôme pendant quelques semaines! Evidemment, les communications n’étaient pas aussi fréquentes qu’aujourd’hui… Ça devait déranger un peu moins la vie sociale…

Une autre page de l’histoire du temps a été tournée pendant la 2e guerre mondiale. Le 21 septembre 1940, le gouvernement fédéral instaura l’heure avancée à l’année dans les régions québécoises et ontariennes où l’heure était avancée durant l’été.

En 1942, c’est dans tout le Canada que fut adopté un décret instaurant l’heure avancée. Ce dernier fut abrogé le 30 septembre 1945.

Par la suite, les municipalités pouvaient demander de passer à l’heure avancée durant l’été, indépendamment l’une de l’autre. On sait que Montréal et Québec ont rapidement adopté cette pratique. En général, à cette époque, les municipalités dont les travailleurs vivaient surtout de l’agriculture n’avançaient pas l’heure en été, alors que celles dont les habitants étaient surtout des employés d’usine aimaient bien cette pratique. Mais plus les années avançaient, plus la différence d’heure d’une municipalité à une autre devenait un fléau.

En 1953, les régions est de la partie ouest du Québec (on se souvient que le Québec avait été séparé sur la ligne du 68e degré) entretenaient des affaires surtout avec la Gaspésie et les Maritimes, alors qu’elles n’étaient pas sur le même fuseau horaire. Inconcevable! On y remédia, le 23 octobre 1953, par un arrêté en conseil qui édicte que dans la partie du Québec située à l’ouest du 68e degré, mais comprise dans les “comtés” de Matane, Rimouski, Rivière-du-Loup, Témiscouata et Saguenay, l’heure réglementaire est en retard de 4 heures avec Greenwich. Autrement dit, une section de la partie ouest du Québec passait à l’heure de l’Atlantique.

Par contre, entre 1953 et 1961, les relations économiques des régions du Québec déclarées dans le paragraphe précédent, ayant pris plus d’importance avec l’ouest du Québec, on modifie alors l’heure réglementaire pour revenir à une différence de 5 heures avec Greenwich, le 25 octobre 1961. Il n’est cependant pas question d’avancer d’une heure durant l’été.

Je vous fais grâce des détails quant aux autres manipulations politiques visant à établir l’heure réglementaire et les régions concernées durant ces années. Mais, c’est à partir du 12 mars 1963, que l’heure devenait avancée (i.e. en retard de 4 heures avec le temps de Greenwich) du dernier dimanche d’avril à 00h01 (minuit une minute) au dernier dimanche d’octobre à 00h01 pour les régions du Québec à l’ouest du fameux 68e degré de longitude.

Le 15 mars 1966, le moment de changer montres et horloges se fait à 2 heures du matin plutôt qu’à minuit et une minute à travers tout le Canada et les États-Unis. (Évidemment, on recule ou on avance les horloges à notre coucher, mais légalement ça se fait dans la nuit à 2h00.) Pourquoi?

Pour éviter la confusion des jours (par exemple, dimanche 00h01 devenait samedi 00h01 et vice versa);
Les dates de naissance devenaient confuses;
L’âge de la majorité pouvait arriver 2 fois! (Une première fois avant le changement d’heure, une seconde après!)
L’expiration des assurances causait de la confusion lors de dommages.
Ça dérange moins les gens et moins de gens en pleine nuit.
En 1969, on change la ligne de séparation au Québec. Elle devient le 63e degré de longitude ouest (i.e. un peu à l’est de Havre St-Pierre, à travers l’île d’Anticosti et entre la Gaspésie et les îles de la Madeleine.) À l’ouest, l’heure normale est en retard de 5 heures avec Greenwich, alors qu’à l’est, elle accuse un retard de 4 heures.
Le changement d’heure est maintenant régi par les législations provinciales. Précédemment, c’était une législation fédérale. Toutes les provinces changent l’heure, sauf la Saskatchewan qui a décidé de garder la même heure toute l’année.

source: meteo.org

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