Polytechnique de Montréal, le 6 décembre 1989 – Description des événements

Le 6 décembre 1989, peu après seize heures, Marc Lépine arrive à l’École polytechnique de Montréal armé d’une carabine et d’un couteau. Il connaissait les lieux, il y avait été vu au moins sept fois la semaine précédant l’événement.

Lépine s’est assis plusieurs minutes dans le bureau d’enregistrement situé au deuxième étage. Il a été aperçu fouillant dans un sac en plastique, ne parlant à personne, même lorsqu’un membre du personnel lui a offert son aide. Il a quitté le bureau et a ensuite été vu dans d’autres parties du bâtiment, avant d’entrer dans une classe d’ingénierie mécanique au deuxième étage. Cette classe était composée, vers 17 h 10, d’environ soixante étudiants. Après s’être approché de l’étudiant qui effectuait une présentation, il demande à tout le monde d’arrêter ce qu’ils faisaient. Puis, il ordonne aux hommes et aux femmes de se séparer en deux groupes distincts de chaque côté de la salle. Croyant à une blague, personne ne bouge sur le moment, jusqu’à ce que Lépine tire un coup de feu au plafond.

Marc Lepine, le tueur
Marc Lepine, le tueur de polytechnique

Il sépare alors les neuf femmes de la cinquantaine d’hommes présents et ordonne à ceux-ci de partir. Il demande ensuite aux femmes restantes si elles savaient ou non pourquoi elles étaient là, et lorsqu’une d’elles répond « non », il réplique : « Je combats le féminisme. » L’étudiante Nathalie Provost répond :

« Écoutez, nous sommes juste des femmes étudiant l’ingénierie, pas forcément des féministes prêtes à marcher dans les rues criant que nous sommes contre les hommes, juste des étudiantes cherchant à mener une vie normale. »

Ce à quoi Lépine rétorqua :

« Vous êtes des femmes, vous allez devenir des ingénieures. Vous n’êtes toutes qu’un tas de féministes, je hais les féministes. »

Il ouvre ensuite le feu sur les étudiantes de gauche à droite, en tue six et en blesse trois, dont Nathalie Provost. Avant de quitter la salle, il écrit le mot « shit » deux fois sur le projet d’un étudiant.

Lépine continue son attaque dans le couloir du deuxième étage et blesse trois étudiants avant d’entrer dans une autre salle, où il tente, à deux reprises, de tuer une étudiante. Conscient qu’il est arrivé à court de munitions, il entre dans l’escalier de secours pour recharger son arme. Il retourne ensuite vers la salle qu’il avait quittée, mais les étudiants avaient déjà bloqué la porte; ne parvenant pas à la déverrouiller malgré ses trois coups tirés sur celle-ci, il se déplace le long du couloir, tirant sur ceux qu’il croise. Il blesse une personne avant de se rendre vers le bureau du Service financier, où il tue une femme d’une balle tirée à travers la vitre de la porte qu’elle venait juste de verrouiller[1].
La salle de classe du troisième étage de l’École polytechnique où l’attaque se termina.
Il se rend ensuite dans la cafétéria du premier étage, dans laquelle une centaine de personnes sont rassemblées. Les employés de la cafétéria ont fermé la grille des cuisines de sorte que la plupart des étudiants (certains n’étant même pas de Polytechnique) n’avaient pas d’autres choix que de courir la longueur de la cafétéria vers les sorties, une ligne de visée parfaite pour Lépine. Une femme joue la morte sur le plancher et il tire sur la femme à côté de celle-ci.

La foule se disperse après qu’il a tué une femme se trouvant près de la cuisine et blessé un autre étudiant. Puis, en entrant dans une pièce de stockage, Lépine tue deux femmes qui s’y étaient réfugiées. Il ordonne par la suite à des étudiants cachés sous une table de se montrer. Ceux-ci acceptent et sont ainsi épargnés.

Lépine monte alors par un escalier mécanique au troisième étage, et dans le couloir, blesse une femme et deux hommes. Il entre ensuite dans une classe et demande aux trois étudiants effectuant une présentation de « dégager », tout en blessant Maryse Leclair qui se tenait sur la petite estrade à l’avant de la classe. Il ouvre le feu sur la première rangée, tuant deux femmes tentant de s’échapper, tandis que les autres plongent sous leurs bureaux. Lépine tire par la suite vers quelques étudiantes se tenant là, blessant trois d’entre elles et en tuant une autre. Il recharge son arme et se rend, à nouveau, à l’avant de la classe, tirant par intermittence dans toutes les directions. À ce moment, Maryse Leclair, blessée, demande de l’aide. Lépine avance vers elle et, après avoir dégainé son couteau de chasse, la poignarde à trois reprises, l’achevant.

Il enlève alors sa casquette, entoure son arme de son manteau, et s’exclame : « Oh, shit! », avant de se suicider d’une balle dans la tête, une vingtaine de minutes après avoir commencé son massacre. Selon le rapport du coroner, il lui restait encore 60 balles dans la boîte qu’il avait transportée (« Nonetheless, we must consider the sixty (60) unused bullets that Marc Lépine left at the scene when he decided to put an end to this terrible episode.. »). Lépine venait de tuer quatorze jeunes femmes, douze étudiantes en ingénierie, une étudiante infirmière et une employée de l’université, et de blesser quatorze autres personnes, dont quatre hommes[1],[2].

6 décembre 2015

Mémorial des victimes
Mémorial des victimes

La douleur a fait place à la continuation de la vie… Nous continuons à nous souvenir des treize étudiantes et d’une membre du personnel de Polytechnique ayant perdu la vie le 6 décembre 1989 et des personnes qui en sont restées meurtries.

La communauté de Polytechnique a choisi de privilégier une commémoration sobre, à caractère individuel. Ainsi, tôt le matin du 4 décembre, une gerbe de quatorze roses blanches a été déposée devant la plaque commémorative et les drapeaux seront mis en berne le dimanche 6 décembre, de l’aube au crépuscule.

Le souvenir demeure…

 

Reportage de la CBC le 6 décembre 1989  ( Anglais )