Des centaines de personnes visés par la justice anti terroriste

En France, 438 Français sont dans le collimateur de la justice anti terroriste. Un tiers de plus qu’en mai. Parmi eux, 222 sont visés par un mandat d’arrêt ou de recherche.

« deux personnes d’origine syrienne a été ouverte pour soupçons de fabriquer, dissimuler et transporter des explosifs ou des gaz toxiques ainsi que pour soupçons de violation de l’article 2 de la loi fédérale interdisant les groupes Al- Qaida et le troisième kamikaze du Bataclan, faisait l’objet d’une « notice bleue » d’Interpol. Un Normand, une fille de gendarme…

Ils sont plusieurs à figurer sur une autre liste, celle du gel des avoirs terroristes, gérée par Bercy et le ministère de l’Intérieur ( DGSI et Direction des libertés publiques et des affaires juridiques) avec avis du parquet anti terroriste et qui s’appuie sur plusieurs résolutions des Nations

Toujours selon le procureur Jornot, les deux Syriens arrêtés n’ont pas de lien avec l’autre enquête pénale ouverte par le MPC à propos de la présence à Genève de quatre hommes suspectés d’appartenir au unies. Sont visés les combattants, recruteurs et intermédiaires financiers des groupes islamistes du monde entier. Y figurent ainsi deux « vétérans » de la filière des Buttes- Chaumont : Boubaker Al- Hakim, 32 ans, qui a notamment revendiqué l’assassinat de deux opposants politiques tunisiens, et Peter Cherif, 33 ans, que l’on situe au Yémen, au sein d’AlQaida dans la péninsule arabique.

Âgé de dix ans de moins, le Normand converti Maxime Hauchard, alias Abou Abdallah Al- Faransi, a gagné ses galons en apparaissant en novembre 2014 sur une vidéo parmi les bourreaux de 18 pilotes syriens et d’un otage américain. Le recruteur Kevin Guiavarch, en Syrie depuis 2012, est également cité avec Émilie König, fille de gendarme, radicalisée au contact du groupe islamiste nantais Forsane Alizza et devenue une voix de la propagande de Daech…

Il ne figure sur aucune liste mais Salim Benghalem, 35 ans, originaire de Cachan ( Val- de- Marne), présenté comme « le responsable de l’accueil des Français et des francophones au sein de l’État islamique » pourrait y prétendre s’il est encore en vie. Des noms comme ceux des « gourous du djihad » ont dû être retirés : Mourad Fares, à l’origine du départ de plusieurs filières dont celle de Strasbourg est en prison ; Omar Diaby, ancien groupe État islamique, dont la photo a été largement diffusée auprès des forces de l’ordre genevoises, à l’origine de l’alerte générale. Une alerte fondée sur des indications fournies par la CIA selon lesquelles la ville de Genève – mais aussi Toronto, au Canada, et Chicago, aux ÉtatsUnis –, aurait été ciblée par Daech…

C’est dans le cadre de cette traque que la police a reçu un grand nombre braqueur franco- sénégalais jugé responsable de plusieurs dizaines de départs dans la région niçoise, est mort. « Dresser une liste des plus dangereux est illusoire, insiste- ton place Beauvau. On l’a vu avec les attentats du 13 novembre. Tous ceux qui sont là- bas constituent une menace ! » Comment la gérer ?

Si la France est en « guerre » sur le théâtre d’opération irako- syrien, la bataille, sur le territoire français, est aussi judiciaire. Depuis Merah en 2012, pas moins de dix procédures pour attentat, projet d’attentat ou assassinat ont été ouvertes. Mais ce sont surtout les dossiers liés aux filières syrienne et irakienne qui inquiètent. Près de la moitié font l’objet d’un mandat d’arrêt ou de recherche

Cela concerne 692 individus, précise- t- on au parquet de Paris – dont seulement… 20 ont déjà été jugés. Sur ce total, 234 ont été mis en examen, parmi lesquels 136 ont été placés en détention. Ils sont donc à ce jour 438 djihadistes français dans la nature ( ils étaient 306 en mai). Sur ces 438, près de la moitié – 222 selon une estimation récente – font l’objet soit d’un mandat d’arrêt ( 85), soit d’un mandat de recherche ( 137) qui permet aux enquêteurs de procéder à une garde à vue quand le mandat d’arrêt expédie directement le suspect dans le cabinet du juge d’instruction.

On dénombre à ce j our 103 informations judiciaires ouvertes et 100 enquêtes préliminaires en cours. Deux nouvelles viennent d’être lancées à la suite de perquisitions administratives menées dans le cadre de l’état d’urgence. « On en a pour des années et des années… » , prévient une source judiciaire.